Date de publication :
13/01/2022

La loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2022 comprend plusieurs dispositions visant à expérimenter et faciliter, sous certaines conditions, l’accès direct à différentes professions : infirmière de pratique avancée, kinésithérapeute, orthophoniste et orthoptiste, tandis que les substituts nicotiniques délivrés sans ordonnance par les pharmaciens pourront être remboursés par la Sécurité sociale. On le sait, ces dispositions ont suscité une levée de bouclier de la part de la plupart des syndicats représentant les médecins libéraux. Dénonçant l’absence de concertation préalable, ils se sont plus encore inquiétés des risques pour les patients, redoutant des erreurs ou retards de diagnostic. Certains ont par ailleurs fait remarquer que l’affirmation selon laquelle une telle mesure était une réponse à la problématique des déserts médicaux constituait un leurre, puisque les paramédicaux manquent souvent également dans les territoires les moins pourvus en médecins.

Tous d’accord… même les médecins !

Ces critiques ne semblent cependant pas refléter l’état d’esprit de la majorité des professionnels de santé. Un sondage réalisé sur le site JIM.fr révèle en effet que l’idée d’un accès direct aux professions paramédicales suscite un a priori favorable de la majorité des professionnels de santé : 53 % y sont favorables dans des situations définies en concertation avec tous les professionnels, tandis que 22 % souhaitent une telle évolution « dans tous les cas ». Ils ne sont que 13 % à la refuser totalement et 11 % à ne l’envisager qu’en cas d’urgence. Bien sûr, les positions diffèrent en fonction des professions.

L’adhésion est la plus forte chez les kinésithérapeutes, qui sont 94 % à approuver l’aménagement d’un accès direct, dont 40 % sans même une concertation spécifique (il faut ici préciser que l’échantillon de kinésithérapeutes ayant participé au sondage est plus limité que celui des médecins). Les infirmières sont pour leur part 83 % à approuver qu’une prescription médicale ne soit pas systématiquement nécessaire. Elles sont par ailleurs plus fréquemment que les kinésithérapeutes prêtes à envisager ces « transferts de décisions » dans tous les cas (48 % vs 35 % qui n’entendent cette évolution qu’à condition d’une concertation préalable). Les pharmaciens sont dans les mêmes proportions acquis à cette idée de l’accès direct, avec une préférence pour une discussion pluriprofessionnelle en amont (47 % vs 36 %). Les médecins sont eux aussi très largement favorables à l’accès direct aux paramédicaux (69 %), mais ils ne sont qu’une petite minorité à estimer que la transition pourrait se faire sans concertation (12 %).
 

Confiance et continuité

Comme cela est souvent le cas, ce sondage rappelle que certains réflexes syndicaux ne retranscrivent peut-être pas toujours fidèlement la réalité de la perception des médecins. Notre enquête illustre que bien plus que la crainte d’erreurs médicales ou d’une diminution de leur rôle, l’accès direct est envisagé comme la continuité d’un travail de collaboration et de coordination que les praticiens expérimentent au quotidien. L’ampleur de l’adhésion que l’on constate est le révélateur d’un rapport de confiance entre les praticiens et les paramédicaux et signale également probablement que beaucoup jugent que non seulement la qualité des soins ne serait nullement mise en péril, mais qu’au contraire des améliorations pourraient être attendues (prise en charge plus rapide, évaluation plus en phase avec les bonnes pratiques de certains besoins…).

Là où une différence peut-être plus significative entre médecins et les paramédicaux s’exprime c’est au sujet de la nécessité d’une concertation. Les infirmières semblent en effet majoritairement considérer que celle-ci n’est pas forcément indispensable et les autres professions sont plus partagées que les médecins sur sa pertinence, dont elles redoutent peut-être la rigidité. Dans les faits, la loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), telle qu’elle a été adoptée fin novembre, si elle n’organise pas de concertations avec les syndicats dans le cadre conventionnel, pose un certain nombre de règles. D’abord, les expérimentations seront dans un premier temps localisées : dans dix départements pour les kinésithérapeutes et dans trois régions pour les infirmières de pratique avancée. Ensuite, seuls les orthophonistes et les kinésithérapeutes exerçant dans un cadre pluriprofessionnel (maisons et centres de santé) pourront expérimenter cet accès direct. Pour chaque patient reçu sans prescription, ils devront adresser un bilan initial et un compte rendu des soins réalisés au médecin traitant et enregistrer les informations dans le dossier médical partagé.

On relève encore que la Haute Autorité de Santé (HAS) sera consultée pour préciser le cadre des expérimentations. Enfin, des décrets d’application fixeront des règles pour chaque profession. Pour les infirmières par exemple, il s’agira d’établir une liste des prescriptions qu’elles pourront initier. Enfin, concernant les orthoptistes leur droit de prescrire des lunettes sans passage préalable chez l’ophtalmologiste ne concernera que les patients de 16 à 42 ans et nécessitant une faible correction visuelle. Autant de dispositifs qui permettent d’écarter le spectre d’un accès direct non contrôlé et qui semblent être jugés suffisants pour emporter l’adhésion d’une très grande majorité de professionnels.

Aurélie Haroche

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