Date de publication :
27/01/2022

Le 8 janvier dernier, le Pr Eric Galam, le Pr Philippe Colombat et Mathieu Sibé ont publié une tribune sur le site de France Info pour expliquer leurs démissions de l’Observatoire de la Qualité de Vie au Travail (OQVT) et dénoncer les insuffisances des politiques publiques sur le sujet de la qualité de vie (QVT) des soignants. Pour revenir sur ce sujet mis en lumière par la crise sanitaire, nous interrogeons le Pr Eric Galam, l’un des auteurs de la tribune.

JIM : Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est l’Observatoire de la Qualité de Vie au Travail ? 

Professeur Eric Galam - En décembre 2016, Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, lance la Stratégie nationale sur la qualité de vie au travail (SNQVT) des professionnels de santé. Cette stratégie était inscrite dans la durée et devait prendre en compte les modes d’exercice des professionnels de santé. Elle est une réponse à une recommandation d’un rapport de l’IGAS rendu quelques mois plus tôt. Ce dernier avait alors préconisé la mise en place d’un observatoire de la QVT pour faire un état des lieux des difficultés des médecins et des ressources disponibles pour mettre en place la SNQVT. 

En juillet 2019, dans cette dynamique, est instauré le Centre national d’appui (CNA) pour aider les étudiants en santé alors que de nombreux travaux montrent qu’ils présentent un fort taux de dépression et de burn-out. 

L’OQVT, né en 2017, sous la présidence du Pr Colombat, est finalement tout ce qui est resté de la SNQVT amorcée en 2016. En 2020, l’OQVT est réformé : il est dirigé par trois experts (Colombat, Galam, Sibé) et structuré autour de différents groupes de travaux. 

L’OQVT a pour but d’inciter une dynamique de retour d’expérience autour de la QVT. Par exemple, chaque ARS compte un responsable dédié à ce sujet. Mais ces responsables sont généralement peu actifs. L’OQVT les incite à se rencontrer et à mettre au point des projets communs. 

La qualité de vie au travail ne doit pas rester que cosmétique

JIM - Qu’est-ce que vous et vos deux confrères souhaitez signaler en démissionnant de l’OQVT ?

Professeur Eric Galam - L’OQVT a émis plusieurs propositions dans le cadre de ses travaux, sur la formation initiale et continue, la difficulté d’accès à l’ambulatoire, etc. Mais nous souhaitions que le ministère prenne en main la SNQVT, diffuse les travaux de l’Observatoire et nous propose un soutien effectif. Ce que nous avons produit est resté à l’état de projet sur le site de l’OQVT, il n’y a pas eu d’effet sur le terrain. Le travail réalisé par notre Observatoire et initié en 2016 est de qualité, mais il est resté lettre morte. Nous avons rencontré le ministre en juillet dernier, il a promis de nous aider mais il n’a rien fait. Nous avons démissionné pour que la QVT ne reste pas que cosmétique. Il faut arrêter de faire semblant de s’en occuper. 

JIM - En quoi la QVT des soignants s’est-elle dégradée ces dernières années ? Comment la crise sanitaire a-t-elle aggravé les choses ? 

Professeur Eric Galam - On a pris la mesure des difficultés des professionnels de santé depuis une quinzaine d’années à travers de nombreux travaux sur le burn-out, les plateformes d’écoute, etc. La Covid a amplifié les phénomènes déjà présents de deux manières : une pression accentuée sur les professionnels de santé et une exposition au risque sanitaire. Avec l’épidémie, on a encore plus besoin de QVT au travail. Avant même la Covid, les déserts médicaux, les hôpitaux qui peinent à recruter et qui doivent faire appel à des médecins intérimaires « mercenaires » constituaient déjà une situation critique. Aussi, les soignants n’ont le choix qu’entre s’esquinter au boulot, démissionner ou être malade. La situation du système de santé, même hors Covid, n’est pas réjouissante. 

JIM - Constatez-vous beaucoup de départs de soignants des hôpitaux, notamment chez les infirmiers ? 

Professeur Eric Galam - Les infirmiers vont de moins en moins bien. Après trois ans d’exercice, un tiers des infirmiers quitte l’hôpital pour l’exercice libéral ou change de métier. Être infirmier est un travail de terrain, difficile et trop peu rémunéré. Former un infirmier a un coût humain et financier important, s’ils arrêtent très rapidement c’est un gâchis majeur. 

JIM - Des progrès ont-ils été amenés par le Ségur de la Santé ou considérez-vous que les promesses n’ont pas été tenues ? 

Professeur Eric Galam - Le Ségur n’était centré que sur l’hôpital et pas sur l’ambulatoire. Il a été limité essentiellement aux aspects financiers, qui n’ont même pas encore été mis en œuvre. Les ARS, qui sont responsables des budgets, ont bloqué le projet pour diverses raisons administratives. Alors que l’épidémie n’en finit pas, les soignants tiennent parce qu’ils ont le sens de leur métier mais sont épuisés. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que certains médecins sont tombés malades (voire sont décédés), ce qui accentue la pression sur ceux encore en activité. Le système est en surchauffe et pas uniquement en raison de l’épidémie. 

Un manque de volonté politique apparent

JIM - Que pensez-vous des différents mécanismes mis en place ces dernières années pour améliorer la QVT des soignants ? 

Professeur Eric Galam – Comme je vous le disais, l’OQVT est tout ce qui est resté du mouvement lancé en 2016. Le volet médiation de la SNQVT a été abandonné tandis que le responsable de la mission QVT au ministère est tombé malade et n’a pas été remplacé. Quant au CNA (Centre national d’appui), un communiqué a annoncé l’an dernier qu’il allait être transformé en un centre destiné à tous les étudiants mais uniquement consacré à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes (avec donc un abandon des questions spécifiques à la santé). Et les travaux de l’OQVT ne sont pas pris en compte. 

La SNQVT s’inscrivait dans la durée, mais le ministère n’a pas fait ce qu’il avait annoncé, tant en ce qui concerne la prise en charge des soignants en burn-out, l’accompagnement des soignants et la formation des étudiants. L’OQVT avait développé un travail autour des retours d’expérience qui est resté confidentiel. Des rapports ont été élaborés sur le travail participatif, la formation des managers à la gestion des équipes, qui sont restés lettres mortes. On a développé un travail pour que des chercheurs s’investissent dans la thématique de l’OQVT, sans aucune suite.  

JIM Que faudrait-il faire concrètement pour améliorer la QVT des soignants ? 

Professeur Eric Galam - Le gouvernement doit respecter ses promesses et mettre en œuvre la SNQVT. Il ne faut plus faire semblant. Il faut nommer des responsables qui se consacrent à plein temps à cette mission, mettre plus de moyens et adhérer à une stratégie de long terme. Nos dirigeants ne semblent pas avoir pris la mesure de la situation. Dans le cadre de l’élection présidentielle, nous allons présenter une sorte de programme sur la QVT. Nous y reprendrons essentiellement ce qui a été fait en 2016. Il faut mettre en œuvre le travail conceptuel qui a déjà été fait.  

Il y a trois choses dans la QVT : les conditions, le contenu et le vécu du travail. Si les soignants ont l’impression d’être épuisés, non-reconnus et de ne pas faire le métier pour lesquels ils ont été formés, il est normal que les hôpitaux soient en difficulté. Ce qu’on demande, c’est que le ministère adhère à la mission lancée en 2016 et nous donne des moyens pour lancer une dynamique de changement des modes de fonctionnement, en particulier à l’hôpital.

 

Propos recueillis par Quentin Haroche

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