Date de publication :
19/05/2022

Le manque de professionnels de santé affecte les hôpitaux, les Ehpad et les services de permanence de soins dans toute la France.

Qu’elle soit due à la baisse du nombre de médecins formés, au départ à la retraite des professionnels « baby-boomers » ou à des conditions de travail devenues trop difficiles, la pénurie de soignants en France est devenue indéniable. Si ces dernières années c’est surtout le manque de médecins libéraux dans les zones rurales (la fameuse désertification médicale) qui a été médiatisée, la pénurie de soignants affecte désormais tous les secteurs de l’exercice de la médecine. 

Été risqué à la Timone

Les hôpitaux sont ainsi de plus en plus touchés et certains services hospitaliers sont contraints d’assurer un service de garde « dégradé » (d’autant plus que le manque de médecins libéraux augmente le flux des patients). Aux services des urgences de l’hôpital de la Timone à Marseille, l’inquiétude règne. La moitié des médecins et infirmiers disponibles sont partis depuis l’été dernier, la plupart ayant cédé aux sirènes du secteur privé, où les salaires sont plus attractifs et les conditions de travail meilleures. Depuis le début de la crise sanitaire, le service est passé de 30 équivalents temps plein à seulement 16. « On est passé de 15 patients en même temps à 25 » constate amèrement un urgentiste. L’été, au cours duquel le nombre de patients arrivant aux urgences est bien plus important, risque d’être particulièrement difficile. Les urgences marseillaises vont devoir appeler plusieurs médecins étrangers aux services à la rescousse, dont deux généralistes réfugiées ukrainiennes.

Fin des gardes au bout de la nuit à Tours

La baisse du nombre de médecins en activité affecte également les services de permanence des soins. A Tours, depuis le 24 avril dernier, l’association SOS Médecins ne proposera plus de consultations en « nuit profonde » c’est-à-dire entre minuit et huit heures. L’association ne compte en effet plus qu’une dizaine de généralistes bénévoles et il en faudrait au moins une vingtaine pour assurer un service de qualité en nuit profonde. Même la promesse d’une prime de 700 euros par l’ARS pour une garde de nuit profonde n’a pas permis d’attirer des volontaires et ce en raison de conditions de travail particulièrement difficiles (deux médecins de l’association ont été agressés il y a un mois). A Tours, on s’inquiète que la disparition de SOS Médecins la nuit ne provoque une saturation du service des urgences.

30 % des Ehpad n’ont pas de médecin coordinateur

Enfin, la pénurie de soignants affecte tout particulièrement le secteur de la gériatrie. A Paris, l’hôpital gériatrique La Collégiale va tout bonnement fermer ses portes début juin, là encore par manque de personnel et notamment d’infirmiers. Même si la direction assure que l’établissement pourra rouvrir ses portes en septembre, les syndicats ne se font pas d’illusion : « tout laisse penser que l’hôpital ne rouvrira pas ». 
 

Dans les Ehpad, le récent scandale Orpea (du nom de ce groupe privé accusé d’avoir détourné des fonds au détriment des résidents) a mis en lumière le manque de médecins, infirmiers et soignants dans les établissements pour personnes âgées. Lors d’une conférence de presse le 10 mai dernier, la déléguée générale du Synerpa, le syndicat des Ehpad privés, a rappelé que 30 % des établissements pour personnes âgées ne disposent pas d’un médecin coordinateur. Elle a appelé de ses vœux l’augmentation par décret du temps de travail des médecins coordinateurs et l’embauche massive d’infirmiers et d’aides-soignants. Un objectif difficile à remplir tant que la rémunération et les conditions de travail de ces professionnels ne seront pas grandement améliorées. 

Quentin Haroche,
Journaliste au JIM.

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