« COMMENT ALLEZ-VOUS, DOCTEUR ? » C’est une question que l’on pose peu aux médecins.  Dans ce podcast, qui vous est destiné, on propose de vous aider et de vous donner des clés pour mieux vous accompagner dans votre pratique, au-delà de l’aspect purement médical.

EPISODE 1 - CO-CREER LA RELATION : la place de l’écoute lors de la 1ère consultation

Le Dr Marie Brechon – oncologue et coach, nous livre dans cette première saison du podcast « COMMENT ALLEZ-VOUS DOCTEUR ? » quelques clés pour vous accompagner dans votre pratique.

Dans ce premier épisode intitulé CO-CREER LA RELATION : la place de l’écoute lors de la 1ère consultation, le Dr Marie BRECHON nous livre à travers des exemples issus de sa pratique quelques clés pour mieux appréhender ces premières minutes capitales dans la construction de la relation avec le patient.

    Comment allez-vous, Docteur ? 

    C’est une question que l’on pose peu aux médecins.  

    Dans ce podcast, qui vous est destiné, on propose de vous aider, de vous donner des clés pour mieux vous accompagner leur votre pratique, au-delà de l’aspect purement médical. 

    Bonjour, je suis Marie Bréchon, médecin oncologue et coach. Dans cette première saison, je vais aborder la thématique de la co-création de la relation médecin-patient, appuyé sur des exemples issus de ma pratique.

    Dans ce premier épisode, je vais parler de cette première consultation avec ce nouveau patient. Les premiers regards, les premiers gestes, les premiers mots qui conditionneront pour la suite la qualité du lien établi, qui n’est pas à sous-estimer dans la relation de soin, quel que soit notre spécialité. 

    Sur un temps donné de la consultation il nous faut faire connaissance avec le malade, récolter des informations médicales cruciales à l’interrogatoire en un minimum de temps, expliquer ou se faire expliquer le motif de la consultation, la pathologie, détailler le traitement : ses enjeux, ses modalités. Au terme de cet échange, idéalement nous médecins on aimerait avoir un dossier complet, un patient en confiance et qui a compris la conduite à tenir. 

    Le patient, de son côté, souhaite probablement se sentir écouté et entendu, avoir compris ce qui lui a été dit et avoir l’impression d’être autonome et d’avoir le choix. 

    Il a également besoin de temps, pour digérer l’annonce et que celle-ci ait été faite avec empathie, dans un climat bienveillant et de sécurité. 

    Ce dont il faut prendre conscience de notre côté, c’est qu’avec le patient, nous ne voyons pas la situation de la même façon, nous n’avons pas le même filtre sur « nos lunettes » , il ne se joue pas les mêmes choses sur ce temps d’échange pour chacun d’entre nous. 

    À titre d’exemple, nous pourrions nous sentir satisfaits d’avoir fait passer la compétence et la technicité au premier plan, le patient lui aura perçu probablement notre efficience mais gardera davantage à l’esprit notre manque de proximité peut-être même un manque d’écoute ou présence. Car en démontrant la compétence, on aura perdu en humanité et nous aurons alors été perçus comme distants, froids bien que professionnels.  

    Et dans cette situation, les deux protagonistes ressentent une frustration. En tant que médecin on accueillera difficilement la critique dans la mesure où nous ressentons la satisfaction du travail bien fait.

    Ces premières minutes vont être capitales dans la construction de la relation et pour l’avenir.  
    Il nous faudra alors CO CREER ce lien médecin-malade. Tout ce que nous exprimons par nos mots, nos gestes doit s’inscrire dans un climat particulier. 

    Dès la venue en salle d’attente, la connexion s’établit. 

    Premier conseil, soutenez le regard du patient, ayez un visage le plus détendu possible presque souriant, afin que le patient ressente l’accueil. Le sourire peut aussi être bienvenu. 
    Il conviendra également d’associer les premiers mots de politesse, à de petits gestes qui vous montrent « ouvert ». Les bras croisés sont à éviter.

    Ces premiers instants sont décisifs et vont contribuer à instaurer le climat de sécurité et de confiance. 

    Dès le début de cette consultation, rappelez à votre patient, que vous êtes soumis au secret professionnel. Ma technique, afin que cette information arrive naturellement dans l’échange, je choisis d’en parler au moment de l’interrogatoire. Lorsque je l’interroge sur sa situation familiale et sa personne de confiance et qu’il m’évoque un membre de son entourage absent de la consultation, je lui partage que l’information sur son état de santé ne sera pas divulguée. En somme, je resterai en lien avec le patient, sa personne de confiance et que s’il souhaite communiquer au sujet de son état à ses proches il peut le faire lui-même ou avec mon aide si c’est effectivement son souhait. 

    D’avoir verbaliser que le secret est de mise, cela peut aider certains patients à davantage se livrer, se confier. Cela m’évoque d’ailleurs cette phrase de Louis Portes « il n’y a pas de médecine sans confiance, de confiance sans confidences et de confidences sans SECRET ». Il convient de garder à l’esprit, que nous pénétrons dans l’intimité de nos malades et même dans leur intimité corporelle et c’est aussi pour cela qu’il est essentiel qu’il ressente ce climat de confiance.  

    Après avoir posé ce cadre de sécurité, attachez-vous à montrer et démontrer votre écoute. 
    En effet, le patient y est particulièrement sensible et dans un monde où tout va vite, où nous avons moins de considération pour nos semblables et davantage pour nos smartphones, il est important de faire preuve de notre présence et écoute.

    Soyez attentif à ce que vous dit le patient, plutôt qu’à ce que vous pensez qu’il pourrait vouloir exprimer. Soit écouter plutôt qu’interpréter.

    Regardez le tout entier, ses gestes, ses mimiques, ses respirations, sa posture vous en apprendra davantage sur son discours et sur ce qu’il ressent au moment de la consultation. 

    Écouter c’est aussi observer.

    Montrez-lui que vous prenez le temps, grâce à votre posture posée, votre disponibilité à écouter ses phrases sans l’interrompre. Écouter c’est être dans le présent.

    Dans notre exercice médical, il n’est pas rare que nous soyons dans l’action plutôt que dans le moment présent en raison de la charge de travail qui nous incombe.

    Croyez ce que dit votre patient, il s’agit de sa vérité. Ses mots sont littéralement vrais pour lui. Montrez-lui que vous n’êtes pas dans le jugement, écouter c’est entendre la vérité de l’autre.

    Vous allez pouvoir utiliser la reformulation comme preuve de votre écoute et outils de vérification de compréhension également. Reformulez ses mots, ce que vous avez entendu, preuve de votre écoute active. Vous pouvez également lui faire répéter un mot, ou répéter un mot qui vous interpelle afin que le patient entende l’écho de ce qu’il exprime. Écouter c’est aussi parler. 
    Ce sont aussi une bonne manière de faire confirmer la bonne compréhension de ce qu’on a entendu, ça peut également nous être utile afin d’en faire une synthèse.

    Il sera important de questionner et de chercher à entendre avec justesse ce que l’on voit. Être curieux et ouvert, sincèrement s’intéresser. 

    Être physiquement et psychiquement présent à l’autre, et éteindre les voix intérieures qui commentent et interprètent. Lors de ses silences, vous ne chercherez pas à les combler, vous pouvez prendre comme habitude de savoir les entendre car sont utiles et signe de réflexion, interrogations, hésitations... et sur ces temps de silence il est rare que le patient soit lui disposé à vous écouter.

    Pour illustrer mon propos, je vous propose de vous raconter une situation qui m’est arrivée au début de mon assistanat d’oncologie. 

    Il s’agit d’une consultation d’annonce et le patient se présente afin que je lui explique sa pathologie cancéreuse mais également son traitement à venir. Ce patient me semble dès le début empressé de me poser ses questions, et je ne ressens que peu de place pour m’exprimer.

    Ainsi je l’interromps et lui demande son attention et son écoute.  

    Je poursuis avec un monologue bien rôdé sur sa maladie ainsi que son traitement, dans un timing serré.  

    Mais durant mes explications je le sens ailleurs, clairement je perçois son esprit occupé à autre chose qu’à m’écouter. Au terme de la consultation, la relation est un peu tendue. Le lien s’est un peu assoupli après que j’ai pu répondre à ses interrogations. Je me sentais un peu exaspérée par l’inattention et l’ingratitude que je m’étais tout simplement imaginées. 

    Je ne me suis pas immédiatement remise en question. 

    J’ai mis quelques jours à prendre conscience que ce qui avait causé cette « rupture » était ma propre interruption, un peu sèche sur la forme peut-être. Mais surtout je ne lui ai pas laissé la possibilité de se décharger d’éléments qui lui parasitaient son esprit. Le patient est resté concentré et préoccupé par ses questions qu’il ne pouvait pas poser et cela générait probablement en lui à la fois de la frustration et de l’inquiétude, qui ne favorisaient pas la création d’un lien serein. Dans mon esprit, les questions avaient leur place après avoir donné les informations sur son état et la conduite à tenir. Je partais dans l’idée que les réponses à ses questions viendraient à mesure de mes explications. Et je souhaitais garder, en quelques sortes, la maîtrise du temps. 

    Moi je venais de vivre une des cinq consultations d’annonce de ma semaine, et lui venait d’apprendre que sa vie ne serait plus jamais la même.  

    Finalement être capable quelques temps après de critiquer ma méthode est une victoire en soi, celle de m’assurer rester ouverte et curieuse à des apprentissages en communication afin d’améliorer mes interactions avec le patient et rester à l’écoute de mon humanité. Par une attitude plus ouverte, avec davantage de place initialement pour le patient à s’exprimer j’aurai gagné en attention et dans l’adhésion au projet thérapeutique. Il avait besoin d’être rassuré, entendu et qu’on lui reconnaisse son autonomie. Je ne sais pas dans quelle mesure cette posture un peu « haute » et de contrôle que j’ai pu adopter dans la consultation ne venait pas nourrir chez moi un besoin d’asseoir ma confiance en moi et mes capacités de jeune praticien.

    Par une attitude plus détendue et dans le moment présent, vous participez à construire un rapport serein et il est crucial pour les consultations à venir que le patient se soit senti au bon endroit avec le bon praticien. Pour les plus méfiants, cela permet d’avancer et de faciliter l’avenir.  L’écoute humanise la connexion. Dans ce rapport c’est du « gagnant-gagnant ». Je m’explique : En donnant naissance à une relation horizontale, où le médecin n’est pas seulement « l’expert scientifique » de sa discipline mais aussi l’humain en mesure de reconnaître aux patients son autonomie et sa singularité, il créait alors un terreau propice à une relation de confiance pour la suite des soins, qui contribue à un gain de temps considérable pour les consultation à venir grâce à la facilitation des rapports et diminue drastiquement le risque de critiques de la part du patient au sujet de la relation médecin-malade, appréciable dans une ère où la judiciarisation des rapports est de plus en plus présente. 

    Pour reprendre les mots du Professeur Jean-Francois MATTEI « en respectant l’autonomie du patient nous renforçons le lien » et il s’agit alors « de la rencontre de la confiance du patient avec la conscience du médecin ». Nous devons donc adopter la juste place entre le devoir de rigueur médicale et le respect de l’autonomie de l’individu.

    Vous venez d’écouter le 1er épisode de la saison sur « Comment co-créer la relation ». Dans le 2ème épisode, on se questionnera sur la façon d’être en présence avec le patient. Je vous retrouve donc très vite, sur « Comment allez-vous, Docteur ».

7000041239 - 01/2023